Points clés
- Transmettez un état fonctionnel initial couvrant les dimensions physiques, cognitives, de communication, de déglutition, d’autonomie personnelle, psychologiques et de participation — pas seulement un diagnostic et une liste d’exercices.
- Préservez les conditions de mesure. « A marché 50 mètres » signifie peu sans préciser l’aide technique, l’assistance, la surface, l’oxygène, la douleur, les pauses et la réaction en matière de sécurité.
- Chaque exercice nécessite une dose, une technique, une assistance, des règles d’arrêt et des critères de progression. Un nom traduit ou une vidéo seuls ne constituent pas une prescription.
- Confirmez qu’un prestataire nommé dans votre pays a examiné le plan, peut assurer les disciplines nécessaires et a accepté le premier rendez-vous. Une orientation envoyée n’est pas une transmission reçue.
- Testez le matériel, les compétences de l’aidant et l’environnement réel du domicile avant le voyage, et prévoyez un relais pour tout intervalle entre la dernière séance en Chine et la première dans votre pays.
Guide complet
Les plans de rééducation traversent souvent les frontières sous forme de quelques noms d’exercices : « entraînement à la marche, renforcement, équilibre ». Cela n’apprend presque rien au thérapeute suivant sur les capacités réelles du patient, l’assistance utilisée, le risque accepté ou la prochaine décision.
L’objet de la transmission n’est pas la fiche d’exercices. C’est la trajectoire fonctionnelle du patient.
Constituer un passeport fonctionnel à sept domaines
La Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé de l’OMS considère le fonctionnement dans son contexte et inclut les facteurs environnementaux [1]. Suivez cette logique pour consigner sept domaines :
| Domaine | Ce dont l’équipe destinataire a besoin |
|---|---|
| fonctions corporelles et symptômes | force, amplitude, sensibilité, douleur, tonus, endurance, limites cardiorespiratoires |
| mobilité | mouvements au lit, transferts, station debout, marche, escaliers, fauteuil roulant et chutes |
| autonomie personnelle | toilette, habillage, utilisation des toilettes, alimentation, médicaments et tâches ménagères |
| cognition et communication | attention, mémoire, fonctions exécutives, parole, langage et aides à la communication |
| déglutition et nutrition | textures sûres, stratégies, état de la sonde, préoccupations concernant les fausses routes et évolution du poids/des apports |
| aspects psychologiques et comportementaux | humeur, peur, sommeil, adaptation, conscience de la sécurité et déclencheurs comportementaux |
| participation et environnement | rôles au domicile, travail, études, aide à autrui, transport, logement et soutien social |
Précisez ce qui est autonome, nécessite une supervision, requiert l’assistance d’une personne ou de deux personnes, ou ne doit pas être tenté. Évitez « autonome » lorsque le patient ne réussit qu’après des indications ou avec du matériel.
NICE recommande avant la sortie une évaluation fonctionnelle incluant les besoins physiques, sensoriels, de communication, psychologiques, d’aide sociale et de matériel, avec des objectifs convenus avec le patient et l’aidant [2]. Un transfert transfrontalier ne doit pas réduire cette évaluation à une cotation musculaire.
Fixer les conditions de mesure
Un chiffre n’est comparable que si le test est reproductible. Pour chaque mesure formelle ou tâche pratique, consignez :
- nom et version de l’instrument ou du test ;
- date, discipline de l’évaluateur et langue utilisée ;
- chaussures, orthèse, aide à la marche et oxygène ;
- assistance physique et indications verbales ;
- distance, surface et changements de direction ;
- douleur, fatigue et pauses ;
- raison de l’arrêt du test ;
- tout événement de sécurité.
Si un score est traduit, conservez le formulaire et la langue d’origine. Ne convertissez pas les échelles entre elles sans méthode validée. Le thérapeute destinataire pourra ainsi répéter l’évaluation dans des conditions similaires et distinguer un changement réel d’une différence de dispositif de test.
Une vidéo peut apporter du contexte lorsque le patient y consent et que l’établissement l’autorise. Indiquez la date, la tâche, l’assistance et le dispositif ; retirez les personnes non concernées et les informations sensibles ; transmettez-la par un canal sécurisé convenu.
Formuler les objectifs comme des décisions observables
« Améliorer la mobilité » n’est pas un objectif. Utilisez une phrase en cinq parties :
D’ici le [date], le patient réalisera [tâche] dans [conditions] avec [assistance/dispositif], afin de [but dans la vie réelle].
Par exemple, entrer par transfert dans la douche du domicile avec une barre d’appui et une assistance à proximité, ou marcher de la chambre aux toilettes la nuit avec une aide précisée et sans perte d’équilibre. Le but empêche la rééducation de devenir une collection d’astuces de cabinet.
Conservez trois niveaux :
- objectifs immédiats de préparation au voyage ;
- objectifs des quatre à six premières semaines à domicile ;
- objectifs de participation à plus long terme, comme reprendre le travail, les études ou l’aide à autrui.
Ajoutez le responsable de chaque objectif et sa date de réévaluation. Les priorités du patient ont leur place dans le plan même lorsqu’elles diffèrent de l’indicateur préféré du médecin.
Transmettre la prescription de rééducation
Pour chaque intervention en cours, précisez :
- cible clinique et justification ;
- position de départ et technique ;
- séries, répétitions, durée, intensité et fréquence ;
- matériel et assistance ;
- réponse symptomatique autorisée ;
- règles d’arrêt ou de recours à une prise en charge supérieure ;
- critères de progression et de régression ;
- précautions liées à une intervention chirurgicale, une fracture, l’état cardiaque, la déglutition ou les dispositifs ;
- discipline responsable de la réévaluation.
Ne traduisez pas les marques de matériel ni les appellations vagues comme « électrothérapie ». Identifiez le dispositif ou la modalité, les paramètres lorsqu’ils sont cliniquement nécessaires, le site du traitement, son objectif et les limites de sécurité. Le médecin destinataire peut légitimement choisir une méthode différente pour atteindre le même objectif.
Distinguez maintien, restauration, compensation et prévention. Une orthèse utilisée temporairement pour protéger la cicatrisation n’est pas un dispositif compensatoire de longue durée. Un exercice destiné à maintenir l’amplitude n’a pas le même critère de réussite qu’un entraînement visant à récupérer une tâche.
Utiliser des critères de passage entre les phases
Les dates du calendrier peuvent suggérer quand réévaluer ; elles ne doivent pas faire avancer automatiquement le patient. Définissez des critères d’entrée et de sortie pour chaque phase, par exemple :
- stabilité de la plaie et de l’état médical ;
- réponse de la douleur et du gonflement ;
- restriction d’appui ou de mouvement ;
- sécurité des transferts et de la marche ;
- réponse physiologique à l’activité ;
- maintien des acquis cognitifs et capacité à suivre les précautions ;
- compétence de l’aidant ;
- préparation du matériel et de l’environnement.
Consignez ce qui impose une pause, un retour à une étape antérieure ou un avis médical. Un nouveau déficit neurologique, un symptôme thoracique, une douleur incontrôlée, un changement de plaie, une chute ou un problème de dispositif ne se résolvent pas en diminuant les répétitions sans évaluation.
La politique chinoise de développement des services médicaux de rééducation souligne un système de services intégré, gradué et continu [3]. Pour un patient international, cette continuité doit être reconstruite délibérément entre différents prestataires et pays.
Trouver le service destinataire adapté avant le départ
Envoyez un dossier concis au prestataire envisagé et demandez une réponse explicite :
- Quelles disciplines sont disponibles — médecine de réadaptation, kinésithérapie, ergothérapie, orthophonie, psychologie, prothèses/orthèses, soins infirmiers ou nutrition ?
- Le service peut-il prendre en charge le diagnostic, la plaie/le dispositif et le niveau actuel d’assistance ?
- Une rééducation à domicile, en consultation externe, de jour ou en hospitalisation convient-elle ?
- Quelle prescription, lettre d’orientation, autorisation d’assurance ou traduction est nécessaire ?
- Quel est le premier rendez-vous confirmé ?
- Qui prend en charge une dégradation clinique avant ce rendez-vous ?
Les recommandations de NICE de 2025 sur la rééducation neurologique prévoient à la sortie un contact médical principal et un premier contact de rééducation, ainsi que l’organisation précoce du matériel urgent ou des adaptations de l’environnement [4]. Un lien d’annuaire ou une orientation sans réponse ne satisfait pas cette exigence.
Demandez au thérapeute destinataire quelles informations manquent avant que le patient quitte la Chine. Ce retour est plus utile qu’envoyer une volumineuse archive après l’arrivée.
Cartographier le domicile réel et l’environnement de vie
Demandez des mesures, des photographies ou une visite vidéo en direct — avec consentement — des éléments suivants :
- marches d’entrée, ascenseur et largeurs des portes ;
- hauteur du lit et côté de transfert ;
- trajet du lit aux toilettes et éclairage nocturne ;
- hauteur des toilettes, seuil de douche et surfaces d’appui ;
- accès à la cuisine et préparation des repas ;
- revêtements de sol, tapis et espace pour tourner ;
- transfert dans le véhicule et accès au cabinet ;
- disponibilité d’un aidant et d’un remplaçant.
Les recommandations de NICE sur la rééducation après AVC préconisent d’établir avant le transfert un domicile sûr et facilitant l’autonomie, avec matériel, adaptations et soutien de l’aidant [5]. Ce principe s’applique largement, même si l’évaluation exacte dépend du diagnostic.
Ne commandez pas du matériel à partir d’une photographie seule lorsque l’ajustement, la charge maximale ou la configuration comptent. Consignez le fabricant, le modèle, les dimensions, les réglages, les accessoires, le côté, l’adaptation au patient, la formation achevée, l’entretien et une filière locale de réparation/d’approvisionnement.
Rendre visibles les compétences de l’aidant
Listez les tâches enseignées à l’aidant, puis évaluez sa démonstration en retour :
- technique de transfert et de sécurisation ;
- positionnement et vérifications cutanées ;
- mise en place d’une orthèse, d’une écharpe ou d’une prothèse ;
- stratégies de déglutition ou de communication ;
- guidage des exercices sans forcer ;
- inspection du matériel ;
- conduite en cas de chute et recours urgent.
Distinguez « observé une fois », « réalisé avec accompagnement » et « réalisé de manière autonome ». Consignez aussi les tâches que l’aidant ne doit pas faire. Un proche volontaire peut malgré tout manquer de force, de capacités cognitives, de temps ou de ressources émotionnelles pour la charge prévue.
Établissez un plan de relais et de répit. Un programme dépendant d’une personne épuisée n’est pas solide.
Considérer le trajet comme une épreuve de rééducation
Un voyage porte à porte peut demander davantage de transferts, de station debout, de position assise et de résolution de problèmes qu’une séance de rééducation. Répétez ses composantes :
- transferts vers le siège de voiture et d’avion ;
- utilisation du fauteuil roulant et soulagement des points de pression ;
- accès aux toilettes ;
- positionnement des membres et restrictions de mouvement ;
- gestion de la fatigue, de la douleur et des médicaments programmés ;
- transport des dispositifs et batteries ;
- gestion des retards sans dépasser la dose d’activité sûre.
La décision d’aptitude au vol reste une évaluation médicale distincte. La rééducation peut documenter les capacités fonctionnelles et l’assistance ; elle ne doit pas autoriser seule les risques liés à la pression, à l’oxygène, aux caillots ou à la chirurgie.
Éviter la « semaine perdue » après l’atterrissage
Comptez les jours entre la dernière séance supervisée et le premier rendez-vous accepté. Pour cette transition, rédigez :
- un programme minimal sûr à domicile ;
- le rôle de l’aidant ;
- l’approvisionnement en matériel et consommables ;
- un carnet de surveillance ;
- ce qui peut progresser et ce qui doit rester inchangé ;
- les voies de contact médical et de rééducation ;
- les règles d’arrêt et les signes imposant des soins urgents.
Un contact à distance depuis la Chine peut aider à expliquer le plan existant, mais ne crée pas automatiquement un traitement autorisé dans une autre juridiction et ne remplace pas l’évaluation locale. Confirmez le consentement, la confidentialité, l’autorisation d’exercice du professionnel et les limites en urgence avant d’organiser une télérééducation.
Au premier rendez-vous dans votre pays, l’équipe destinataire doit vérifier l’identité, la stabilité médicale, les restrictions, le matériel et les mesures initiales avant de progresser. L’objectif n’est pas de reproduire chaque séance chinoise, mais de poursuivre le même raisonnement clinique avec les méthodes disponibles localement.
Boucler la transmission à deux points de contrôle
Utilisez deux confirmations :
- réception : le service destinataire confirme que les documents s’ouvrent, que l’orientation est acceptée et que le premier rendez-vous est fixé ;
- reprise clinique : après évaluation, il confirme le plan révisé, le nouveau responsable et les questions pour l’équipe chinoise.
L’initiative Réadaptation 2030 de l’OMS identifie comme priorités les modèles de services complets, les professionnels multidisciplinaires, les informations sur le fonctionnement et les réseaux [6]. Ces principes systémiques deviennent très concrets dans la transmission d’un patient : aucun objectif sans responsable, aucun score ininterprétable et aucun matériel sans responsable.
Avertissement médical : Ce guide fournit des informations générales sur la transmission de la rééducation. Les exercices, l’intensité, les précautions, le matériel et le niveau de soins nécessitent une évaluation individuelle par des professionnels qualifiés. De nouveaux symptômes sévères ou un déclin fonctionnel rapide nécessitent une évaluation médicale, pas un ajustement non supervisé des exercices.
Questions fréquentes
Une fiche d’exercices suffit-elle au thérapeute dans mon pays ?
Non. Envoyez l’état fonctionnel initial, les conditions de mesure, les restrictions, les objectifs, la dose, l’assistance, les règles d’arrêt/de progression, le matériel et le contexte clinique. Le thérapeute destinataire doit réévaluer avant de modifier le programme.
Faut-il répéter la même échelle d’évaluation après le retour ?
De préférence, lorsqu’elle est adaptée et disponible. Consignez l’échelle exacte, sa version, sa langue et les conditions de test. Si l’équipe de votre pays utilise une autre mesure, conservez les deux plutôt que prétendre que les scores sont interchangeables.
La famille peut-elle poursuivre les exercices en attendant un rendez-vous ?
Uniquement le programme de transition sûr enseigné et documenté par l’équipe. Il doit préciser la dose, l’assistance, les précautions et les règles d’arrêt. N’ajoutez pas de résistance, d’amplitude, de vitesse ni de difficulté d’équilibre sans accord.
Quelles informations sur le matériel doivent traverser la frontière ?
Transmettez l’objectif, le fabricant/modèle, les dimensions ou réglages, la charge maximale, le côté, les accessoires, l’adaptation au patient, la formation, l’entretien et les consommables. Confirmez la disponibilité d’un approvisionnement local équivalent et de réparations.
Quand la transmission est-elle réellement terminée ?
Lorsqu’un service destinataire nommé confirme la réception, accepte la responsabilité, fixe une première évaluation puis communique le plan de reprise. Envoyer une orientation ou donner un numéro de téléphone au patient ne suffit pas.
Sources
- Organisation mondiale de la Santé — Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé
- National Institute for Health and Care Excellence — Rééducation après une maladie critique : avant de quitter l’hôpital
- Commission nationale de la santé de Chine — Avis sur l’accélération du développement des activités médicales de rééducation
- National Institute for Health and Care Excellence — Rééducation neurologique chronique : sortie et premiers contacts
- National Institute for Health and Care Excellence — Rééducation après AVC : transfert de l’hôpital vers les soins de proximité
- Organisation mondiale de la Santé — Réadaptation 2030